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La forêt médicinale
Nos forêts recèlent des trésors ignorés en matière de produits pharmaceutiques qui surpassent ceux de l'Amazonie. Tel est le message que Diana Beresford-Kroeger a livré il y a 15 jours au Congrès national de la foresterie autochtone. Selon cette chercheuse ontarienne indépendante, il est temps de s'y intéresser en assurant une saine gestion forestière.

Le potentiel est très grand. « On dit que ceux qui survivront à notre époque sont les enfants qui vivent dans les dépotoirs de Manille parce qu'ils vivent des conditions extrêmes. Notre climat est rigoureux. Au point de vue génétique et biochimique, nos arbres sont différents à cause de notre environnement extrême, ils ont un potentiel extraordinaire », explique au téléphone la chercheuse. Elle poursuit des recherches dans ce domaine depuis 25 ans dans son «jardin» de 60 acres.

Mais ce potentiel demeure virtuel. Pas un sou du million du budget de recherche de Santé Canada en matière de plantes médicinales et de produits pharmaceutiques n'est dépensé sous la canopée. Pourtant, selon ce ministère, la croissance annuelle de ce marché est de 15 à 20 %. Le tiers de nos 3200 espèces indigènes auraient des vertus thérapeutiques, et ce nombre ne comprendrait pas les arbres. Le marché mondial est estimé par ailleurs à 60 milliards US $.

Ainsi, nous serions assis sur une mine d'or. La foresterie traditionnelle serait en quelque sorte l'arbre qui... cache cette forêt. «Depuis 200 ans, nous pensons uniquement en fonction de pieds planches, note Mme Beresford-Kroeger, auteur d'Arboretum America (University of Michigan Press, 2003). Nous coupons les arbres seulement pour le papier et le bois de construction, alors qu'on peut en tirer beaucoup plus.»

Les forêts du pays couvrent 417,6 millions d'hectares, soit une superficie près de huit fois supérieure à celle de la France. Pas moins de 56 % de celles-ci sont exploitées commercialement, essentiellement pour le bois d'oeuvre et les pâtes et papiers. Ainsi, selon l'Association des produits forestiers du Canada (APFC), l'industrie ligneuse génère annuellement un bénéfice net de 5 milliards. En contrepartie, les revenus associés aux produits forestiers non ligneux (PNFL) sont bien inférieurs. Ils se chiffrent par exemple à 280 millions en Colombie-Britannique, tous produits (pharmaceutiques, alimentaires et, même, cosmétiques) confondus.

Mme Beresford-Kroeger plaide pour une exploitation plus large et durable. Une espèce de jardinage à grande échelle rencontrant les besoins de tous. Elle s'étonne à ce sujet que l'industrie vinicole ontarienne, pourtant bien développée, importe ses tonneaux parce qu'elle ne trouve pas de chêne pour les fabriquer ici.

Le monde sylvicole est-il sensible à ce discours? «J'ai été invitée à parler aux gens de l'industrie forestière canadienne. Ils m'ont écouté attentivement. Le reste du monde n'aime pas voir le Canada couper tous ses arbres, ils essaient de trouver d'autres manières d'exploiter.»

D'ailleurs, il y a 15 jours, une coalition formée entre autres de Greenpeace, du Natural Ressources Defense Council et du Rainforest Action Network lançait une campagne internationale pour obliger les forestières à faire de l'exploitation plus durable.

À l'entendre, on comprend qu'il y a bien des choses à tirer des sous-bois avant que les débusqueuses ne les écrabouillent. Car si l'écorce des saules est à l'origine de la fabrication de l'aspirine, le secteur des PNFL est encore assez limité. Un exemple connu est l'if du Canada (taxus canadensis). Son écorce fournit le paclitaxil, qui sert, sous le nom de Taxol, à lutter contre une vingtaine de cancers, dont ceux des ovaires et du sein.

Au Québec, la récolte de l'if a été fixée l'an dernier à 3000 tonnes. Mais d'aucuns ont critiqué les normes d'exploitation gouvernementales. Elles reproduisent celles d'une compagnie pharmaceutique alors qu'on ne prélevait que 300 tonnes.

Quoi qu'il en soit, les PNFL ne sont pas à l'abri d'une exploitation abusive. En matière de phytothérapie, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) énonçait en février des règles de gestion durable. Elle se rendait ainsi au constat des environnementalistes à l'effet que le cinquième des 50 000 plantes médicinales du monde sont menacées.

«Au moins 50 % des médicaments viennent des arbres et des plantes. J'ai peur qu'on surexploite», s'inquiète d'ailleurs Mme Beresford-Kroeger. Elle compte néanmoins sur ses concitoyens: «Il y aura toujours des gens cupides, bien entendu. Mais nous devons dire que ce n'est pas correct d'exploiter la forêt comme on le fait.»

Par Jean-Philippe Fortin, La Presse http://www.cyberpresse.ca/technosciences/article/1,5296,0,052004,696845.shtml
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